Faire le marché #Épisode 1

Et si je faisais le marché, tiens ?

marché 1

Ahah ! Jouer à la vendeuse, étaler sa marchandise entre une petite vieille qui harangue la foule avec des carottes et un camion tout-en-un-rôtisseur-de-poulets-fermiers, se lever à 5h du matin dans la nuit et le brouillard pour prendre la route avec son thermos de café, dire bonjour et écouter les grivoiseries des commerçants habitués, tailler la bavette avec Mme Michue et Monsieur Durand… C’est décidé. Je vais commencer à faire le marché le samedi matin ! Exit les clichés que je viens d’énumérer : à Die, le marché est un grand moment de la semaine été comme hiver. On s’y retrouve depuis les quatre coins du Diois, on y fait ses courses, (presque) tous les commerçants sont des producteurs et artisans du coin, c’est bio, c’est local, c’est beau… Le marché de Die est réputé être un marché de qualité. Et en plus de ça, le Café de Paris dispose d’une terrasse en plein soleil surplombant le marché, et il fait bon s’y retrouver avec quelques olives et un petit blanc une fois le panier rempli pour la semaine.

Je me suis donc dit que pour continuer de m’intégrer dans la région et me faire connaître (des autres entrepreneurs, des artisans, des habitants, des touristes…) faire le marché était peut-être l’étape par laquelle il fallait que je passe. Et puis j’avais bien envie. Envie de tenir une boutique éphémère tous les samedis, envie de recueillir retours directs et avis.

 

Les réactions

Quand tu dis « je vais commencer à vendre sur le marché », à ton entourage, il y a clairement deux réactions types qui se manifestent. La première c’est : « ah ouais ?! Énorme ! » avec un grand sourire et les yeux qui pétillent. Ceci caractérise un enthousiasme grand, augmenté d’un mélange d’étonnement et d’admiration. La personne qui réagit ainsi a en tête une sorte d’image d’Épinal du marché, et trouve très pittoresque l’idée que ce soit toi derrière l’étale.

marché anciengilet-de-berger-enfant

Elle te vois déjà bien sapée mais peau de mouton sur le dos, cheveux aux vent, sous les frais rayons du soleil du matin. Et en général, elle est très heureuse pour toi, se dit que ça va être bien marrant au moins. En fait, cette personne, ça aurait pu être moi avant que je me pose sérieusement la question de faire le marché, et que je connaisse la version dioise du concept.

La deuxième réaction, c’est plutôt : « ah ouais ? Mais pourquoi ? ». Le regard en général est plutôt interrogateur, circonspect voir clairement effrayé. Cette réaction se retrouve plutôt chez ceux pour qui le marché est plus synonyme de gros sabots, poisson qui pue, fringues sheep, bref quelque chose de trop populaire, voir bouseux qu’ils n’auraient clairement pas associé à l’univers des vêtements Axelle&Cie.

angoisse

Les personnes ainsi effrayées peuvent également l’être parce qu’elles ont beaucoup d’empathie pour toi et pensent à ce que tu vas devoir endurer : te lever très tôt, t’échiner pour monter et ranger ton stand, tenir debout tout un samedi matin… Bref tout ce qu’eux même n’aimeraient clairement pas faire. Pour rien au monde. Et je les comprends. Et je comprends cette réaction.

 

Typologie du stand de marché

Alors c’est parti ! Mais euh… il faut imaginer un stand en fait ! Un espace un peu sympa, un mini-magasin démontable, une structure mobile, un pop-up truc.

vitabri-marches (1)

Alors on regarde un peu ce qui se fait déjà. Et là, bienvenue dans le merveilleux monde du matériel de marché, où la praticité et la robustesse l’emportent souvent sur l’esthétique et la beauté des matériaux nobles ; où la moindre bâche en coton coûte les yeux de la tête (et en plus elle est moche) ; où les couleurs criardes, les présentoirs en plastiques et les étiquettes fluos « promo flash » sont supposés pouvoir vous faire vendre davantage.

une-partie-du-marche-a-son-ouverture-vendredi-dernier_903480_667x333

À l’opposé de cet univers marketé (qui l’eu cru) il y a les commerçants producteurs ; ceux qui n’ont pas besoin de faire vrais pour avoir l’air vrais. Deux tréteaux, une planche et roule ma poule. Un seul produit (parfois deux ou trois variantes mais guère plus), un mètre d’étalage et même moins, une cartonnette avec les prix écrits à la main et… c’est tout. Ceux qui ont des produits frais sont contraints à un dispositif plus élaboré avec frigo, mais l’idée reste la même et la sobriété de la majorité de ces stand n’est troublée que par d’heureux petits détails : nappe à carreau, photo de l’exploitation, petit bouquet de fleurs…

stand-marche-montage-10shutterstock_216054151Après, on regarde plus en détail ce qui se passe dans l’univers de la vente de vêtements sur les marchés. Et, je ne sais pas pourquoi mais en fait j’avais oublié… Ces portants chromés, ces mannequins-bustes bariolés à forte poitrine en plastique, et les vêtements qui se balancent au vent dans la plus grande anarchie sous un barnum de 6 mètres par 3. Je vous épargne la description des produits qui sont généralement proposés, je suis sûr que vous visualisez. Là je me dis – of course – qu’il faut absolument se démarquer.

 

Énoncé du problème

  • gwendal-bazin-le-paysan-boulanger-modeleTu n’es pas boulanger paysan et la rusticité de ta planche de bois n’est pas, pour tes clientes, un gage d’authenticité.
  • sac-provence-lavande-romarinTu n’es pas camelot et tu ne vends pas des sacs à strass « I love la provence » en promotion exceptionnelle toute la saison.
  • DE-DesigndIntérieur3071Tu as envie de faire quelque chose de beau qui véhicule vraiment ton identité. Tu commences à trouver que ça ressemble à un exercice de design d’espace qu’on aurait pu te proposer en BTS (mais bizarrement cette fois la consigne, vu que c’est la tienne, à priori tu vas la suivre…).
  • visualisation-déco-terrasse-récupEt puis tu as toujours au fond de toi cette envie de faire avec de la récup, ou avec des matériaux naturel, enfin un truc qui colle un peu à la philosophie de ce que tu fais, du projet que tu portes (bordel !).
  • IMG_2357Et là, tu te rappelles que ton fourgon ta voiture est une Ford Fiesta, que tout doit rentrer dedans, et que tu dois encore pouvoir la conduire une fois chargée (ce détail a son importance)
  • 200rectoTon budget est de 200 euros.

Eh bah bon courage !

 

Les idées

Numériser 5

Ne tient pas debout, jamais, dans la vraie vie.

Numériser 4

Trop compliqué, trop cher, pas flexible.

Numériser 1

Débuts de bonnes idées.

J’ai eu plein d’idées. J’en ai parlé avec plein de monde. J’ai pas mal trainé sur Le Bon Coin en espérant trouver le truc génial auquel je pensais, ou même l’objet miracle auquel je n’avais justement pas pensé.

Capture d’écran 2016-05-20 à 16.47.19

J’ai fait des plans, des dizaines de plans. J’ai fais des schémas tellement alambiqués qu’à la fin je rivalisais avec Eisher (« attends ça c’est le dessus ou c’est le dessous ? »). J’ai tenté d’imaginer si ce qui semblait super sur le papier était susceptible de tenir debout dans la vraie vie : « si y’a pas de vent, à priori ça tient. Non ? Non. ».

Numériser 3

Finalement, je me suis arrêté sur ça. Ça semble tenir la route, tenir debout, et tenir le budget. Et tel que je le visualise là, dans ma tête, ça devrait même être trop canon. Damien (#amoureuxquimaidebeaucoupetmesupporte) est emballé et a trop envie de bricoler tout ça avec moi. Parce que oui, il va falloir bricoler sec.